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Rangé au rang de chef d’œuvre dès sa première saison, le retour de True Detective était forcément scruté avec la plus grande attention à l’heure de la confirmation. Et au vu de l’héritage, la mission était aussi périlleuse qu’excitante avec une seule question: est-il possible de faire mieux ?

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UN CASTING AUX PETITS OIGNONS


Petit rappel: True Detective est une série dite d’anthologie c’est à dire avec une trame unique (un meurtre, une ville) et le renouvellement des personnages à chaque saison. Ce dernier point était sans doute le plus attendu. Comment succéder à l’immense duo Cohle-Hart incarné par Matthew McConaughey et Woody Harrelson ? En effet, tout le monde a encore en tête la prestation hallucinée/hallucinante du premier et le formidable équilibre apporté par le second.
Il ne fallait donc pas louper le coche pour cette nouvelle salve et les producteurs se sont une nouvelle fois tourné vers des noms reconnus du cinéma: Colin Farrell, Vince Vaughn, Rachel McAdams, Taylor Kitsch et la délicieuse Kelly Reilly, rien que ça.

Avec pareil casting, difficile d’être déçu par les prestations de chacun. Farrell est totalement convaincant dans le rôle de Velcoro, flic corrompu et alcoolique dont la vie est un immense bordel de tristesse après qu’un drame familial eut bouleversé son couple. Rachel McAdams tient également la route pour son interprétation de Bezzerides, femme flic un peu garçon manqué sur les bords (pied de nez du showrunner Nic Pizzolatto à qui certains reprochait le manque de personnages de sexe féminin l’an dernier). Mais la palme revient sans doute à Vince Vaughn, dont le charisme est à toute épreuve dans la peau du bad guy Franck Semyon, situation totalement à contre-emploi pour cet habitué des comédies US.
Des personnages certes stéréotypés que l’on retrouve dans pléthores de films/séries sur l’univers policier mais joués avec force et une grande justesse. Suffisant pour nous tenir en haleine.

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Le premier de nous deux qui rira, aura une tapette!

Le premier de nous deux qui rira, aura une tapette!

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L’ADN TRUE DETECTIVE JUSQU’A LA CARICATURE

Une série qui marque les esprits est une série dont les codes sont reconnaissables en quelques secondes. True Detective fait définitivement partie de cette catégorie. Les plans larges sur Los Angeles ont remplacé ceux des bayous de la Louisiane, le rythme est lent, les conversations philosophiques ont toujours lieu en voiture et tous les personnages sont torturés avec une vie de merde. Le changement dans la continuité, quitte à tourner à la caricature.
Ceci dit, c’est ainsi que l’on a aimé TD, donc même si l’on a conscience du côté redondant de la chose dans un premier temps, on se laisse à nouveau entrainer dans l’univers si particulier et psychédélique de la série avec quelques grands moments de télévision une fois de plus: la fin de l’épisode 4 qui n’est pas sans
rappeler celle du 4 de la saison 1 ou l’épisode 6 dans sa globalité.

Esthétiquement, rien à redire, c’est toujours le top du hiphop. Cary Fukunaga n’est plus derrière la caméra mais la relève a fait du bon boulot pour permettre à la série de garder sa superbe photographie et son aspect cinématographique. Rien que le générique est une totale réussite, au même niveau que le premier avec peut être encore une meilleure musique d’introduction – interprétée par Leonard Cohen, s’il vous plait. La bande sonore est d’ailleurs sans faille, orchestrée une nouvelle fois par T Bone Burnett et parfaitement incrustée aux scènes et à l’ambiance du show.

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Ca va pas rigoler.

Ca va pas rigoler.

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UN SCENARIO FAIBLARD ET UNE TRAME DIFFICILEMENT MENÉE

Là où le bât blesse, c’est dans la composition de la trame principale. Entre partouze, prostitution, diamants, vidéos, drogues et abus de pouvoir, on est complètement perdu dans ce qui constitue le motif du meurtre de ce fameux Ben Caspere. Durant les huit épisodes, il faut s’accrocher fort pour ne pas être perdu au fil de la résolution de l’enquête. Et encore, difficile de ne pas être dubitatif sur certaines ficelles  qui sortent de nulle part ou bien trop rapidement éludées. Tout va trop vite et ce n’est pas compatible  avec le rythme lent que veut imposer la série.

De plus, les personnages, bien que convaincants car très bien interprétés manquent parfois de profondeur. Taylor Kitsch est bon mais l’histoire personnel de son Paul Woodrugh est bâclé et le passif de Bezzerides dans cette secte n’est pas assez exploité. En s’appuyant non pas sur deux rôles principaux mais quatre, il aurait sans doute fallu une échelle de temps allongée et une saison classique à douze épisodes pour permettre plus de cohérence au tout.

Après, il ne faut pas oublier que la première saison présentait aussi parfois cette lacune de la trame très mince, notamment sur les derniers épisodes. Mais la relation complexe des deux personnages avait pris le pas sur l’intrigue alors qu’ici leurs interactions sont plus limitées (à part Semyon-Velcoro) du fait du nombre d’histoires secondaires à traiter. Dommage.

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Cependant ne crachons pas dans la soupe, cette saison 2 souffre plus de la comparaison d’avec sa grande sœur que d’une quelconque médiocrité. Tout n’est pas parfait, l’effet de surprise estompé donc forcément la critique est plus facile et plus légitime. Mais on reste sur un objet télé de qualité qui a su répondre à un cahier des charges très lourd et une attente très forte. On peut aussi se poser une question: si True Detective avait commencé avec cette saison, sans l’héritage pesant et donc sans une exigence accrue, n’aurait-on pas crié au génie comme il y a un an ?

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