saga-review-2 _ Après avoir abordé des thèmes liés au passé du comics, il est temps cette fois ci de s’attaquer au présent. Comme vous vous en doutez, l’industrie du comics n’est pas morte, loin de là. Forte de plus de 80 ans d’existence, celle-ci a redoublé d’activité ces dernières années, pour notre plus grand plaisir. Seulement, le problème reste le même : la densité. Des séries à foison, mauvaises ou géniales, il y en a des centaines. De temps à autres, nous présenterons ici une critique (semi-objective) d’une série en cours, particulièrement marquante de par sa qualité ou par sa médiocrité. La première à en faire les frais s’intitule Saga, écrite par le génial Brian K. Vaughan. _ Brian K. Vaughan est un scénariste américain de comics américain. Un pur produit des Etats-Unis donc, dont les dialogues savoureux de ses séries et l’originalité de celles-ci ont forgées sa réputation. Vainqueur de plusieurs Eisner Awards pour ses différentes créations, (Y The Last Man par exemple, que nous présenterons sans doute un jour) Vaughan est un des pionniers actuels de l’univers comics. En parallèle de ses travaux pour DC ou Marvel, il aime entreprendre des séries dont il crée l’univers et les personnages à tous les niveaux. C’est donc tout naturellement qu’il lance en 2012 Saga, un space-opera dessiné par Fiona Staples, une dessinatrice Canadienne qui n’a pas finie de faire parler d’elle. Un univers gigantesque, des civilisations, des espèces innombrables réparties un peu partout dans les différentes galaxies, une guerre totale, sont autant de thèmes qui vous rappelleront sans doute la saga de Georges Lucas. Et c’est voulu. Saga s’en inspire, mais sans en rendre une pâle copie. Vaughan parvient à dépeindre un monde beaucoup plus contrasté, aux couleurs enchanteresses, dont le rendu est vraiment sublime. Fiona Staples à donner vie à ce monde pensé par Vaughan, et malgré l’ambiance oppressante et la tension entre les différentes planètes, les traits et couleurs sont loin d’être tristes, ce qui donne à l’intrigue une dimension de réalisme jubilatoire. L’intrigue en elle-même est très « Shakespearienne ». Marko est un prisonnier de guerre, il vient d’une des Lunes de la planète Landfall, et les gens de son espèce disposent de cornes courbées sur le front. Capables de maîtriser la magie, ses congénères et lui sont vus comme des monstres auprès des autres civilisations aux formes plus « simples » (même si ils ont des ailes…). Simplement, il tombe fou amoureux de sa gardienne de cellule Alana, qui appartient au clan ennemi. Les deux héros tombent dont dans les bras l’un de l’autre, et s’évadent ensemble. Entre-temps, ils font ce qu’ils ont à faire, et de ces activités charnelles, un jolie bébé bien cornus et ailés en résulte. Symbole de paix par excellence, la petite famille va être pris en chasse par divers groupes d’influence à travers la galaxie, qui ne souhaitent pas voir la paix instaurée. C’est ainsi que l’histoire commence, ou plus exactement qu’elle nous est racontée par le bébé (qui a donc grandi) de Marko et Alana, que nous ne voyons pas mais qui sert de narratrice. Ce style de narration tue un peu l’éventuel suspens quand au sort de leur fille, mais elle rend les personnages beaucoup plus attachants puisque décrit avec un amour familial très fort. L’histoire ne paye pas forcément de mine, et est extrêmement classique. Cependant, c’est la manière de la traiter qui fait tout l’attrait de cette série. Les dix premiers chapitres sont un peu « poussifs ». Seule la mise en place du monde très riche de Vaughan est jouissive. Un vaisseau « végétal », de la magie, des hommes-télé, et la créature géniale du chat-mensonge, sont autant d’atouts qui permettent à la série de prendre sont temps avant de s’envoler. En effet, à partir du troisième arc (qui correspond au chapitre 12) l’histoire commence à prendre du poids et devenir beaucoup plus intrigante. Au fur et à mesure que l’on se familiarise avec Saga, on a hâte de voir ce que la suite nous réserve. Brian ne prend pas de pincettes avec les personnages et les

épreuves qu’ils ont à traverser sont intransigeantes et souvent cruelles. Ce space-opera ne manque pas de rebondissements en tout genre, servis par un casting impeccable qui ne se résume pas à nos deux héros. Les dialogues sont géniaux, oscillants entre des réflexions qui font écho à notre propre monde, et des dialogues crus et franchement drôles. A noter également que les thèmes abordés ne sauraient être plus en phase avec la société actuelle. Homosexualité, prostitution, multi-culturalisme, parité, corruption, etc… font de Saga une tribune fictive juste et engagée. _ Avec cette « saga », Brian K. Vaughan signe encore une fois une histoire subtile et maîtrisée. Il donne également l’occasion à Fiona Staples de se révéler, et permet aux lecteurs de disposer chaque mois d’une touche de fraîcheur bienvenue. La série vient de passer la barre des vingts numéros aux U.S.A, et sa jeunesse n’a pas empêchée Urban Comics de commencer à publier les premiers numéros en V.F, regroupés en trois tomes, et qui vont jusqu’au numéro #18. Une série que l’on vous recommande chaleureusement, qui se lit sans difficultés, et qui à raflée le jackpot l’année passée en remportant trois Eisner Awards, dont celui très convoité de « Meilleure Série Régulière ». Une lecture parfaite pour les lecteurs occasionnels comme aguerris. Un Must-Have moderne qui risque de durer encore longtemps. _



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