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Sondages après sondages, nos élus politiques dégringolent vers des résultats frôlant l’indécence. Que l’on mesure la confiance, la fiabilité, l’efficacité de nos représentants, rien ne va plus. Pour comprendre, la solution de facilité consisterait à remettre en cause la manière dont les sondages sont effectués, mais nous passerions certainement à côté de l’essentiel. Ce sont d’ailleurs des phénomènes qui ne sont pas propres à la France, ils existent dans toutes les grandes démocraties et on le voit aussi dans l’augmentation tendancielle de l’abstention. Dans de nombreux pays, des populistes rallient même autour d’eux des troupes de plus en plus nombreuses et virulentes au cri de « Tous pourris ! ». A l’heure des municipales et des grands enjeux économiques nous ne pouvons nous satisfaire de personnes qui ne sont ni « à la hauteur », ni « dignes de confiance ».

L’époque est à la normalité. « La quête et l’exercice du pouvoir démocratique enjoignent désormais aux responsables de se présenter et d’agir comme des gens normaux, ce qu’ils font d’ailleurs bien volontiers » nous explique Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques à l’université de Versailles. Cette normalité offre en quelques sortes un échappatoire aux décideurs puisque s’ils réussissent, ils apparaitront talentueux en dépit de leur normalité, et s’ils échouent, leur normalité leur servira d’alibi car la fonction elle-même n’est pas normale. Rien d’anormal jusque là sachant que de surcroit, tout ce qui est anormal fait peur.

En revanche, ce qu’il se cache derrière l’apparat monsieur/madame tout le monde est en réalité un vide idéologique et un manque de profondeur dans leurs engagements. Laurent Bouvet ajoute que « la situation de crise économique dans laquelle nous vivons en permanence depuis des années semble en effet conduire à des choix personnels et collectifs moins immédiats et moins tragiques que la guerre. Celui qui tranche désormais, en politique, n’est plus celui qui rompt mais celui qui assume, celui qui gère. Le temps n’est donc plus aux visionnaires et aux stratèges mais aux tacticiens et aux demi-habiles chers à Pascal. « More spin than spine », disent les Anglais, « davantage de communication et d’apparence que de substance » et d’idées en guise de politique donc ».

Les responsables politiques font beaucoup plus que de suivre cette nouvelle tendance, ils en sont les instigateurs. Ainsi, Nicolas Sarkozy a abaissé peu à peu la frontière entre le privé et le publique. La continuité de l’image entre le Président de la République française et le français normal pose quelques problèmes notamment lorsque l’opinion demande à savoir ce que dit le français normal lors de ses entretiens les plus secrets de manière à être certain que le Président de leur République les représente toujours. Alors, ne nous étonnons pas d’entendre de grands magistrats traiter de « bâtards » ses homologues et des leaders frontistes insulter de « pute » la journaliste en charge de relater l’actualité régionale. Cette exigence est pourtant doublement insupportable car destructrice de la distance nécessaire à l’exercice même de la fonction présidentielle.

Cette normalité pourrait cependant être une nouvelle manière d’assumer son incapacité et sa perte de pouvoir politique face à l’évolution économique et celle de la société dans sa globalité. Ainsi, coincés entre d’un côté la gestion technique et opérationnelle des affaires et de l’autre les obligations morales envers un peuple souverain, c’est l’ensemble de la fonction du personnage politique qui doit être repensée. 



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