keith-flint

 

Durant tout l’été, nous vous racontons nos frasques les plus abracadabrantesques à travers les festivals les plus doux et déjantés d’Europe. Aujourd’hui, faisons la rétrospective de notre tournée générale au Paléo Festival de Nyon, le nom de code reste le même, seule l’année change. 

Dans le désordre, nous laissons à The Prodigy l’honneur de débuter, afin de laisser un peu de répit aux autres troubadours. Ne nous laissons pas avoir par la partisannerie du moindre effort et prenons le temps de vous présenter l’un des plus beau ensemble de big beat, telle est la description que fit à l’époque la presse britannique. A l’époque, c’est les années 90. C’est à ce moment là qu’une bande de tarés extrêmes balancèrent, dans la lignée de ce qui se faisait de l’autre côté du mur, les conventions musicales plutôt rock et punk dans un baril de 500 litres, pissèrent dessus, y fourrèrent leur matos électronique et y foutèrent le feu pour la plus grande joie de nos oreilles encore vierges. The Prodigy est mené par Liam Howlett (compositeur et claviers), Keith Flint (danseur et chanteur), Maxim Reality (aka Keith Palmer MC et chanteur). Le reste du groupe, danseurs et chœurs, vont et viennent en fonction des humeurs et du stock de dope disponible dans le studio.

Pour vous resituer un contexte que vous n’avez certainement jamais connu, nous somme en pleine sortie de la guerre froide, le mur vient de tomber entrainent avec lui l’URSS et toute son utopie. Les States règnent en maîtres sur la planète et tout est permis, y compris la rave underground. Pour ce qui est du style, les puristes se battent à coups de buvards pour définir ce qu’ils écoutent : rave, hardcore, industrial, breakbeat ou encore rock alternatif, big beat et nu skool breaks, bref, tout y passe. D’ailleurs, Liam Howlett, le créateur, s’en branle un peu et vu la manière dont il a réussi, il le peut. Il pousse en 1990 la porte des studios de XL Recordings et leur balance à la tronche une piste démo de 10 titres, il en ressort avec un contrat en poche. Bam ! Pour la peine, il décide de donner au nom du groupe le nom de la machine, son premier synthétiseur, sur lequel il a enregistrer ses première tracks coincé dans sa chambre : le célébrissime Moog Prodigy.

Bien organisés, nous préparons l’événement avec plus de sagesse et d’assiduité que n’importe quel festivalier ici présent. Poussés par l’envie de bien faire, nous nous faufilons à travers une foule encore clairsemée. On se confesse en espérant que vous nous pardonniez un jour, nous avons fait l’impasse sur la fin du show de Bernard Lavilliers pour arriver à temps. Les godasses enfoncés dans notre spot de rêve, les cinq minutes d’avant explosion laissent place à nos doutes les plus improbables : sommes-nous au bon endroit ? Quel jour sommes-nous ? La croûte au fromage était-elle vraiment au fromage ? Sinon, quelle croûte avons-nous mangé ? Pourquoi j’ai envie de vomir ? Il fait chaud ou il pleut ? Ainsi, ces cinq minutes nous paressèrent interminable jusqu’au compte à rebours. Désormais, plus rien ne compte, rien ni personne. Juste.

Dans un déferlement de basses à en faire vibrer le sternum, Smack My Bich Up nous soulève à quelques mètres au dessus de la foule avant de nous propulser tout au fond, sous terre. A peine notre respiration retrouvée, on comprend que le reste du show s’adresse aux vrais car on voit déjà les plus poltrons d’entre nous déguerpir en hurlant « c’est bon, on l’a entendue ta chanson, on peut partir maintenant ? ».

Le reste n’est que flammes, feux d’artifices et autres tours de passe-passe. Le groupe se connaît sur le bout des ongles, et rien n’a changé. On vous passe le chapitre sur les enchainements car très honnêtement, nos oreilles sifflaient tellement que nous n’avons pas fais la distinction entre les moments avec musique et le moments sans.

Un exercice réussi pour The Prodigy qui, croyez-le ou non, a toujours la gnaque. L’envie de jouer encore plus fort des sons plus audacieux sur des mélodies de hardcore est pressante. Un mauvais reporter de guerre aurait certainement fait le constat suivant : « les ruines laissées à la fin des hostilités sont désastreuses et les organisateurs demandent une trêve immédiate afin de permettre aux survivants de récupérer ce qu’il reste de leur biens sur place : téléphones, slips, ciré de pêche vert exceptionnel avec capuche et deux poches extérieures perdu dès le début du concert devant à droite de la scène (on sait jamais), portefeuilles, chaussettes et chaussures. Leur style perdure non pas parce qu’il l’emporte par son originalité, mais plutôt parce que les arrachés qui les écoutent veulent du trash, du dur, de la destruction à son paroxysme. Ainsi, The Prodigy n’aura jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui.

 

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