En pleine rentrée littéraire, on ne sait plus où donner de la tête avec cette multitude de livres dont les médias nous parlent. On a voulu également participer à la cohue générale, en vous parlant d’un livre qui s’avère être un coup de cœur de beaucoup de lecteurs : Kinderzimmer de Valentine Goby.

Kinderzimmer

Un peu dans la même lignée que le roman Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, couronné Prix Goncourt hier midi, et s’intéressant aux démobilisés de la Première Guerre Mondiale, Valentine Goby se penche, elle, sur le sort d’une femme enceinte dans un camp de concentration allemand lors de la seconde Guerre Mondiale.  On admet, on aurait pu faire plus réjouissant. Sans compter que des romans sur les camps de concentrations, il y en a beaucoup (trop ?).

Mais Valentine Goby, lauréate de la Fondation Hachette, a le mérite d’innover un peu en adoptant un angle auquel on ne s’attend pas, qu’est-ce que donner la vie dans un camp de la mort ?

 

«Teresa se marre.
– Tu n’y es pas ! Etre vivant, elle dit, c’est se lever, se nourrir, se laver, laver sa gamelle, c’est faire les gestes qui préservent, et puis pleurer l’absence, la coudre à sa propre existence. Me parle pas de boulangerie, de robe, de baisers, de musique ! Vivre c’est ne pas devancer la mort, à Ravensbrück comme ailleurs. Ne pas mourir avant la mort, se tenir debout dans l’intervalle mince entre le jour est la nuit, et personne ne sait quand elle viendra. Le travail d’humain est le même partout, à Paris, à Cracovie, à Tombouctou, depuis la nuit des temps, et jusqu’à Ravensbrück. Il n’y a pas de différence.»

 

Résumé

Mi-avril 1944, Mila et sa cousine Lisette sont déportées. Un long voyage insoutenable, dans le compartiment à bestiaux d’un train qui les mènent au camp de Ravensbrück. Mila, enceinte de trois mois, dénie complètement sa grossesse. Etre enceinte, c’est signer son arrêt de mort dans un camp où tous les êtres jugés inefficaces au travail sont tués. Au fil des mois, malgré le traitement inhumain, et le manque de tout, l’être niché dans son ventre, à l’abri du camp, se déploie. Puis un jour, c’est l’accouchement, bouche bâillonnée pour étouffer les cris, et la découverte de la Kinderzimmer, où sont stockés une cinquantaine de nouveaux nés, aux visages déjà vieux et ridés par le manque de nourriture. Une petite bulle de vie, si différente du reste du camp, et qui pourtant, obéit aux mêmes règles.

Avis

Difficile de résumer ce livre, sans en dire trop, sans tomber dans la description des traitements inhumains des camps qu’on connait tous, sans donner l’impression qu’il ressemble aux autres livres du même sujet.

Parce que oui, il y a du déjà vu, et Kinderzimmer n’est pas un ovni dans ce genre de roman, mais il n’en est pas moins poignant pour autant. A l’inverse de nombreux livres sur les camps de concentration, l’objectif de Valentine Goby n’est pas de raconter la vie d’une déportée, l’injustice, et le processus de déshumanisation de façon dramatique et émouvante, mais de montrer justement, la part de vie et d’humanité qu’on trouvait dans les camps. L’amitié, le rire, la solidarité, la naissance… c’est en cela que Kinderzimmer touche. Il est une véritable réflexion sur le désir de vivre, la foi en l’existence.

Centré sur la naissance du bébé de Mila, qui s’avère plus être un symbole de la vie à l’intérieur d’un microcosme où règne la mort, qu’un enfant en soi, le livre laisse difficilement insensible et trouve le juste équilibre entre pathos et neutralité.

Un jeu très habile sur l’identité des personnages, et une intrigue qui dépasse la question de la survie en camp, réussissant à tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout, Valentine Goby nous offre un roman dans lequel on plonge sans aucune difficulté, d’une écriture douloureuse et belle.

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