Il est tout sauf en vacances. Depuis plus d’un mois, l’activité de la page Soundcloud de Stwo est au top. Confused, un des six titres de  Beyond son EP sorti il y a un mois, est passé par l’antenne de la BBC jusque dans les radios des quatre coins du monde. Il y a quatre jours, on découvrait son remix croisé avec son pote Fitzroy. Hier encore, le jeune parisien nous a fait, une fois de plus, saliver les tympans en lançant dans l’arène Liz, un nouveau morceau qui sera disponible à la rentrée.

 

Mais c’est qui, ce type? Probablement un des mecs les plus talentueux de ces dernières années. Et de celles à venir. Vingt ans seulement, sûrement toutes ses dents, et déjà une notoriété non négligeable. Et méritée. Une trentaine de pistes officiellement sorties, et certainement une bonne trentaine d’autres qui attendent au fond d’un tiroir de goûter à nouveau la lumière du jour. Bassiste de formation, Stwo s’écarte, au fil des ans, du tonitruant univers de la Deep House et du Hip-Hop pour devenir planiste (avec un « l », oui). Un surfeur-planeur d’adoption, glissant sur la vague aux roulements infinis, au cœur de ce qu’on appellera le R&B 2.0.

 

Sa musique ? C’est lui, probablement, qui en parle le mieux.

 

 

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STWO – l’interview

 

Bonjour et bienvenue à cet entretien, Stwo. On imagine que tes parents ne t’ont pas appelé comme ça à ta naissance. Quelle est ta vraie identité ?

 

Yo, merci de m’accueillir.

Détrompe-toi… mes parents manquent pas d’imagination, mais je te rassure mon vrai blason c’est Steven.

Stwo ça vient du surnom que mes potes me donnent depuis le lycée. Un pote m’avait gravé une mixtape sous le nom de «DJ STEW» et c’est resté. Le truc c’est que «Stew» ça veux dire «ragout» en anglais donc j’étais pas trop chaud pour me faire appeler ragout à tout va, alors j’ai chercher un moyen de garder l’esprit en changeant les lettres et STWO m’a semblé le plus proche… En réalité j’me suis bien gouré, personne arrive à le prononcer, tant pis.

 

 

Entrons dans le vif du sujet : aimes-tu la bière ? Si oui, pourquoi ?

 

Cette interview est dans le vrai. Réponse brève et concise : oui, j’aime la bière car c’est bon, c’est pas cher, c’est convivial, ça passe à tout heure. C’est en quelque sorte l’outil indispensable.

Les seuls points négatifs, à mes yeux, sont l’envie continuelle de pisser et le mal de crâne du lendemain. Mais je suis ouvert à tout autre alcool aussi, je déteste la stigmatisation. 

 

 

Tu es, à seulement vingt ans, un des poids lourds de Soundcloud. Plus de 13 000 abonnés écoutent tes sons relaxant et… au fait, comment décrirais-tu ta musique ?

 

Poids lourd… Y’a de la marge, j’t’assure, mais ça avance doucement, c’est cool.

Par contre, j’ai du mal à décrire ce que je fais parce que je fais beaucoup de chose différentes. Je réfléchis pas vraiment au style mais plutôt à ce que j’aime écouter.

Sur ma page tu peux tomber sur des sons très doux, genre R&B, mais tu peux aussi trouver des trucs un peu plus violent, ou du Hip-Hop, du Jersey… ça dépend vraiment du moment.

Donc j’vais avoir du mal à décrire ma musique, même si je sais que c’est important d’avoir un ligne directrice pour que les gens qui t’écoute puisse te mettre dans leur bonne playlist. Mais j’aime bien l’idée de suivre un artiste pour son univers plutôt que pour son style musical.

 

 

 

 

 

On a essayé de trouver des influences à travers tes morceaux. Il en ressort qu’elles sont extrêmement nombreuses et variées. On se trompe ?

 

D’office : j’écoute vraiment de tout, c’est pour ça que mes prods sont souvent différentes. Je vais pas vous faire une liste de course des groupes que j’apprécie, mais rapidement, ma palette musicale va de la Funk des années 80/90 (j’ai une famille de musicien avec un père pianiste shooté à la Disco/Funk donc ça aide — et je suis moi même bassiste), avec des gars comme Stevie Wonder, Jamiroquai, Kool & the Gang, Earth Wind & Fire, George Duke… Bref, les classiques. J’écoute pas mal de Hip-Hop aussi (US et FR), mais là y’a trop de groupes, je peux pas en citer sinon ça prendrait 3 jours. Et bien sur j’écoute aussi de la musique électronique plutôt récente : Jaw Jam, Mr Carmack, 123Mrk, Esta, Kaytranada, Ta-ku, Cashmere Cat… pour n’en citer que quelques un.

 

 

 

 

Justement, beaucoup d’artistes qui produisent ce R&B planant marchent du tonnerre en ce moment : Ta-Ku, AlunaGeorge, Atu, 123Mrk, Cashmere Cat, Kaytranada, Snakehips, etc. Est-ce que t’en jalouses quelques-uns ?

 

A mort, y’a des gars beaucoup trop chauds. Je les jalouse pas, mais j’arrive pas à comprendre comment ils font et ça me rend ouf. Je respecte leur travail et je m’inspire beaucoup de leur univers pour créer le mien.

 

 

 

 

A quoi doit-on cette deuxième vie du R&B, selon toi ?

 

Sans me la jouer critique musicale, je pense qu’il y a eu une explosion de l’électronique pure (genre dubstep) ces dernières années et que les gens ont eu besoin de souffler un peu et de redécouvrir des choses moins violentes, quelque chose de plus « dansant » que les pogos. En tout cas c’est mon point de vue, ce que j’ai vécu.

Mais ouais y’a une scène pour ce nouveau R&B en ce moment, et je pense que c’est cool de remettre cette musique au gout du jour parce que le R&B c’est une sorte d’hybride entre Rap/Hip-Hop et musique électronique, et c’est ce qui me correspond le mieux.

 

 

 

En tant que parisien, qu’est-ce que tu penses des Vélib’s ?

 

J’avais jamais pris de Vélib avant cette année et j’pense que c’est le futur. Petite anecdote fruitée : la dernière fois j’ai été invité au Peacock festival pour rencontrer Kaytranada (car on a le même manager). Bref, folle soirée, sauf que moi je suis un banlieusard, et pour les gars comme moi y’a plus de train pour rentrer chez soi après minuit. Donc j’me suis retrouvé à 4h du matin à la Villette, sachant que mon train est à St-Lazare, autrement dit, à l’opposé. Pas de tunes pour prendre un taxi. Et c’est là que j’ai pensé aux Vélib’s, et j’ai fait mon petit 3-4h de Vélib à 5 heures du matin dans Paris. J’en garde un très bon souvenir. Donc je valide les Vélib’s et ils vont me manquer car je quitte Paris dans quelques jours.

 

 

Il y a un mois, tu sortais ton EP « Beyond » sur Live For The Funk. C’est quoi ce truc ? Un label ? Un collectif d’artistes ? Une association Hippie ?

 

Ça ferait un nom cool pour une association d’hippies en tout cas… bien trouvé. LFTF c’est un blog, qui occasionnellement fait quelques sorties comme un Label classique pourrait le faire. Ils ont 5 releases pour l’instant (avec Ta-ku, Jaw Jam, Math Time Joy, Compton Chic). Moi j’ai choisi de le sortir sur LFTF parce que j’aimais bien ce système et vu qu’ils me l’ont proposé, j’ai accepté direct, même si j’étais chez Soulection à l’époque.

 

 

 

 

A la rédaction, on est tous d’accord pour dire que « Beyond » est une putain de tuerie. Où est-ce que tu vas chercher l’inspiration pour pondre des merveilles pareilles ?

 

Merci la rédaction, ça fait plaisir. En fait, j’ai eu du mal et j’ai encore du mal à trouver vraiment ce que je veux faire, puisque j’aime beaucoup de truc différents encore une fois. Mais Beyond je l’ai fait dans ce style parce que j’avais fait écouter «Lovin U» à mon pote 96 (fondateur franco-français de Soulection et maintenant de Cosmonostro) et il avait vraiment kiffé, alors j’ai essayer de garder en tête cet esprit pour faire un truc cohérent. 

 

 

 

 

Le titre « Confused », issu de « Beyond », est même passé sur les ondes de la BBC. Une consécration ?

 

Ouais (haha), il est passé le 12 août donc c’est vraiment récent mais c’est clair, c’est une sorte de petite consécration, c’est une des radios les plus écoutées au monde, donc c’est pas rien. Mais la vraie consécration pour moi c’est quand je suis passé sur Nova, j’ai tellement saigné cette radio que d’entendre un de mes titres dessus, c’était fou. (Big up à Guillaume G)

 

« Stouwoh », « Stuwou », pas facile, c’est vrai.

 

 

 

Tu commences à jouer en Live. On reproche souvent à ta musique d’être trop « trippante » pour faire danser les gens. Qu’est-ce que tu réponds aux connards qui disent ça ?

 

Déjà c’est peut être pas des connards, on sait pas, on discute. J’ai pas grand chose à leur répondre si ce n’est que je passe ce que j’aime en Live, donc y’aura des beats chill, «trippant» ouais, mais y’aura aussi de quoi percer vos tympans han. Faut venir me voir pour savoir, mais déjà, quand j’ai joué au Social, ça a bien sué.

 

 

Est-ce que t’as déjà réussi à choper des nanas lors de DJ-set ?

 

Négatif m’sieur l’agent. En même temps j’ai fait que 4-5 lives pour l’instant. On en reparle dans quelques mois.

 

 

 

 

Est-ce que tu commences à te faire des ennemis dans le monde de la musique parisienne ? Si oui : nom, prénom, adresse, numéro de sécurité sociale.

 

Je dois encore avoir de la chance j’ai pas croisé de bons haters pour l’instant, j’me prépare mentalement à essuyer les critiques, je peaufine mes arguments sous la douche, au calme.

 

 

 

C’est quoi tes projets pour la suite proche ?  Un nouvel EP ? Des Lives à l’étranger ?

 

Le 1er Septembre, une nouvelle sortie, un single et des remixes sur HW&W Recordings, mon nouveau Label (Los Angeles).

Ensuite je vais réfléchir à quelque chose d’un peu plus gros qu’un EP et des collaborations.

Pour les Lives, quelques dates au Canada à la rentrée, et un peu partout en Europe.

 

 

 

 

Et pour la suite moins proche ?

 

Je pars m’installer à Barcelone en ERASMUS pour un an, parce que je reste un étudiant.

Le fromage, les Vélib’s, les gens souriants, le beau temps de Paris et la famille vont me manquer.

 

 

 

Pour terminer cette interview sur une bonne note, tu as le droit de cracher sur un DJ/producteur. De même, tu as le droit de faire un bisou à un DJ/producteur. Qui sont les heureux élus ?

 

Je cracherais sur personne, donc je m’autorise 2 bisous.

Je check mon jeune Fitzroy, beatmaker issu de la même ville que moi, avec qui je multiplie les collaborations. Fait attention à ce yung musicien, il est très chaud.

Et un second check doublé (un par main) : main droite, Phazz, fou producteur lyonnais signé chez Soulection, et main gauche, Myth Syzer, un des meilleurs beatmakers français à mes yeux, chez Soulection aussi et GrandeVilleRecords.

 

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Big up à WTFRU et Matthieu pour cette interview bien posey.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et merci à Stwo pour sa réactivité, sa gentillesse, son pacifisme, et son putain de talent.