Chaque jour au Festival de Cannes amène son lot de montée des marches et de films en compétition. Aujourd’hui, c’était Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan et Captives d’Atom Egoyan, dont je n’ai pas encore les échos. Les journalistes commencent déjà à ressentir une certaine lassitude et je les comprends.

De mon côté, après deux jours de découverte et de frustration immense, j’ai décidé de me séparer un peu du groupe et d’aller enfin faire ce pour quoi je suis là : VOIR DES FILMS. Et quoi de mieux pour commencer le Festival que d’aller voir un Wu Xia Pian légendaire ? Dans la sélection Cannes Classics, j’ai pu découvrir L’Auberge du Dragon (Long Men Ke Zhen) de King Hu, une légende du cinéma taïwanais qui a aussi réalisé le plus connu A Touch of Zen, sorti en 1967. Après une courte présentation du président de la Chinese Taipei Film Award et de l’acteur principal Chun Shih, j’ai pu découvrir dans une salle pas du tout comble un film qui, sans être à la hauteur de sa réputation de véritable légende du Wu Xia Pian (film de sabre chinois, de chevalier errant), se trouve être une sympathique façon de perdre deux heures, de par sa légèreté et la propreté de ses combats.
On y retrouve tout ce que les fans aiment dans le Wu Xia: des zooms, des jump cuts, des sauts improbables, des mecs qui montent aux arbres, du sang qui gicle partout et des poses iconiques. Un peu trop long, le film se termine sur 20 minutes de course-poursuite passionnante entre les quatre héros et le méchant du film, un eunuque extrêmement maquillé et ultra cabotineur. Devant une salle hilare et bon enfant, on a pu voir des mecs se faire trucider sous une musique tonitruante et des bruitages à la limite de la caricature. Jolie manière de démarrer la machine pour les projections du Festival, non ?

Chun Shih, la grande classe.

Chun Shih, la grande classe.

Le soir, dans la même salle, la Bunuel, qui accueille Cannes Classics, située tout en haut du Palais des Festivals, j’ai assisté à une deuxième projection, The Go-Go Boys : The Inside Story of Cannon Films, film Israélien d’Hilla Medalia, réalisatrice de Dancing In Jaffa ou encore Web Junkies. C’est un documentaire qui revient sur la carrière de Menahem Golan et Yoram Globus, deux Israéliens qui montèrent une boîte légendaire : la Cannon, qui produisait tout aussi bien Delta Force avec Chuck Norris, mais aussi Othello de Franco Zeffirelli et surtout King Lear de Jean-Luc Godard. Plutôt bien ficelé sans pour autant être un chef d’œuvre du documentaire, The Go-Go Boys est une passionnante histoire sur l’amour du cinéma de Golan et Globus, entrecoupé de témoignages de Golan, Globus, leurs collègues de l’époque ET SURTOUT MICHAEL DUDIKOFF, BILLY DRAGO & SYLVESTER STALLONE (!!!!!!!!!) et sur la création d’un empire qui est arrivé au top aussi vite qu’il est retombé dans l’oubli.
C’est alors un peu dommage que les raisons de la chute de la boîte n’aient pas réellement été explicitées dans le film, qui ressemble alors bien plus à une hagiographie qu’une véritable enquête. On lui préfèrera clairement Waking Sleeping Beauty de Don Hahn sur les années noires de Disney. Le film fut présenté par Menahem Golan (en déambulateur aujourd’hui), Yoram Globus (très fringant) et la réalisatrice, dans une salle alors bien plus remplie que cet après-midi. Le film est coproduit par Arte et on devrait alors le retrouver bientôt dans nos salles.

Voilà. Enfin deux films vus au Festival, de quoi démarrer la machine à films. Le programme de demain est tout aussi chargé : la séance du lendemain de Captives à 12h, National Gallery de Frederick Wiseman à 16h et Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone au Cinéma de la Plage à 21h30. Pas sûr de pouvoir voir les trois films mais ce sont mes buts annoncés. Allez, il est temps d’aller networker au Petit Majestic (qui a la bonne idée d’avoir 4 fûts de bière sur sa devanture pour être servi plus vite, mais qui sont gérés par un seul type, aussi lent qu’un jour sans pain) avant d’aller se coucher pour de nouvelles aventures.