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Il aura fallu un album immonde l »an passé puis une arnaque de concert au Zénith de Paris ce week-end pour que le débat ressorte une nouvelle fois: et si le Wu-Tang Clan arrêtait enfin les frais ?

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Dimanche, point d »orgue du Festival Paris Hip-Hop: le concert du Wu-Tang. Même si la clique n »est plus au sommet de son art, elle peut compter sur une fanbase toujours aussi importante pour en faire un événement. En même temps, on parle ici du plus grand groupe de rap de l »Histoire. Pas besoin de refaire la biographie de ces neufs new-yorkais débarqués au début des 90″s avec leur style caractéristique basé sur des samples de soul, des délires shaolin et surtout un son hardcore qui redéfinira les règles du jeu durant toute la décennie.
Un live très attendu donc qui va très vite tourner au vinaigre. En effet, des affiches à l »entrée de la salle annonce la couleur: la moitié du groupe est absente. Et non des moindres puisque RZA, Ghostface Killah, Raekwon et Method Man manquent à l »appel. Autant dire les tauliers. Un peu comme si le Barça se présentait à un match sans Messi, Iniesta, Neymar et Suarez. 50€ pour voir jouer des U17, on est légèrement sur de la carotte. L »organisation tentera bien de jouer la carte de l »honnêteté en proposant le remboursement pur et simple des billets, la déception est palpable et ne fera qu »augmenter au fil de la soirée après un show indigne entre retard d »une heure, son saturé et rappeurs sans interaction. Triste. Mais plus tellement surprenant de la part du Wu qui n »a de « Clan » plus que le nom.

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UN GROUPE SUR LE DÉCLIN

Les meilleures années du WTC sont derrière lui, c »est une évidence. A vrai dire, le groupe a su construire sa légende avec un seul disque, le classique des classiques Enter the Wu. S »il y a eu des albums solos de grande qualité pour certains membres, aucun autre opus des neufs réunis ne réussira à faire l »unanimité malgré quelques sorties honorables. Le passage au début des années 2000 sera assez bien négocié avant un délitement complet face à un microcosme musical en perpétuelle évolution dans la seconde partie de la décennie (le moyen 8 Diagrams) jusqu »à l »effondrement en 2014 avec le ringard A Better Tomorrow. Le constat est aussi cinglant que limpide: le Wu-Tang Clan est dépassé. Avec 25 000 ventes en première semaine, il n »a plus aucun impact sur le paysage rap.
Pas une tare en soi, les modes changent et tous les artistes et groupes passent par là, à quelques exceptions près. Personne ne contredira le fait que Stevie Wonder, Prince ou les Beach Boys restent des légendes même si leurs disques d »aujourd »hui n »ont plus tellement d »intérêt. Le fait est que ces grands noms parviennent à garder leur aura intact grâce à leurs sorties médiatiques maitrisées et notamment… les concerts. Ce que ne fait absolument plus le Wu depuis des années.

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« C »EST EN MEME TEMPS LE PLUS GRAND GROUPE DE RAP ET LE PLUS AMATEUR »

La réputation de sales gosses ingérables sur scène ou en interview de la online casino bande a longtemps fait son charme également. Leur responsable marketing, Eva Ries, avait cette phrase qui résumait parfaitement le bordel que représentait le Wu « c »est en même temps le plus grand groupe de rap au monde et le plus amateur« .
Mais tant que les albums et les bons morceaux se succédaient, tout allait bien dans le meilleur des mondes et on passait outre les sautes d »humeur d »un ODB, la paranoïa d »un Method Man et les prestations en dilettante qui étaient déjà choses communes. Il faut dire que faire avancer dans le même sens neuf gros égos de mecs du ghetto n »a absolument rien de facile et il était évident que certaines tensions terniraient le tout sur le long terme. Les aléas de la vie de copains, entre les passages en prison ou encore le décès brutal d »Ol Dirty Bastard en 2004 ont plus ou moins précipité la chute de l »empire du côté obscur de la force. Ça mais aussi les envies d »ailleurs de chacun des membres.

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Ghostface, après l

Ghostface, après l »écoute du dernier album du groupe.

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UN POUR TOUS, TOUS POUR UN, MAIS PAS TROP

Ce qui a longtemps permis au Wu-Tang d »exister est aussi ce qui l »a détruit. Tant de talents dans une même équipe est forcément un avantage tant que tout le monde tire dans le même sens mais dès lors que quelques uns veulent voler de leurs propres ailes, tout change. Et si les carrières solos d »un Ghostface, d »un Raekwon, d »un Method Man, d »un GZA et les travaux de RZA ont tout de suite rencontré le succès et ont renforcé le statut du groupe sur le court terme, ils ont fortement freiné les ambitions collectives sur longue durée. Seul, c »est plus de lumières sur soi, moins de compromis et plus d »entrée d »argent, c »est aussi simple que ça. Facile d »imaginer certains gros caractères avoir plus de mal à partager le gâteau et trainer des pieds pour se refaire de longues sessions studios tout ensemble.
Il n »y a qu »à voir pour le dernier album sur lequel Rae a formellement refusé de travailler (exception faite d »un couplet), estimant que le Clan n »avait plus l »énergie d »autrefois et remettant en cause la direction artistique prise.
Les têtes d »affiche de la troupe privilégient donc assez logiquement leur carrière personnelle avec plus ou moins de réussite, notamment pour Raekwon toujours dans les bons coups et pour un Ghostface qui a su trouver un bon filon soul-rap vintage pour se renouveler.

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Alors que faire ? Continuer à (mal) vivre sous le même étendard pour ramasser quelques caillasses quitte à dégoûter les fans ou fermer la boutique dès maintenant pour que le souvenir légendaire soit toujours fort ? Difficile de trancher mais la seconde solution, même temporaire, semble la plus appropriée. Rien ne les empêchera de faire comme ces groupes de rock des années 70 et se reformer à 60 piges pour des tournées d »anniversaire. Et là, voir un Method Man tout vieux rapper son couplet de Wu Tang Clan ain »t Nuthing da fuck Wit » vaudra son pesant de cacahuètes.

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